Atelier forum du 24 mai 2012 : compte-rendu

  • , actualisé le
  • par Nicolas

 Contexte et présentation

Depuis plus de 10 ans, le Forum Démocratie participative travaille à promouvoir l’implication des habitants dans la vie de leur quartier, pour que leurs avis, leurs besoins et leurs attentes soient pris en compte et qu’ils puissent participer aux décisions et aux réalisations touchant leur cadre de vie.

Pour la réalisation de cet objectif, l’existence dans un quartier de structures destinées aux habitants représente un atout inestimable. Or depuis quelques années, on peut constater des évolutions, et l’apparition de réalisations et de modèles différents.

Ainsi, dans le secteur « 1203 », on trouve aujourd’hui non seulement une Maison de quartier "classique", à Saint-Jean, mais également, aux Charmilles, une structure conçue selon une approche différente, le 99 Espace de quartier. Et voici que dans le quartier de la Concorde, engagé dans un important processus de transformation et de densification, les habitants préparent actuellement la mise sur pied d’un nouveau lieu d’animation socio-culturelle.

Pour débattre et réfléchir ensemble à partir de ce contexte à la place des habitants dans les différents modèles de structures d’animation de quartier, le Forum a organisé un Atelier forum, qui a eu lieu le 24 mai 2012 (voir aussi l’invitation à la soirée).

 Participants

Ce soir là, pas loin de 50 personnes se sont retrouvées à la Maison de quartier de Saint-Jean. Etaient ainsi présents des bénévoles de différentes associations : la Maison de quartier de Saint-Jean, l’Association des Habitants du quartier de la Concorde, Pré en bulle, le Forum Démocratie participative. Ainsi que des professionnel-le-s travaillant dans différentes Maisons de quartier, au 99 Espace de quartier, à la FCLR (Fédération des Centres de loisirs et de rencontres), à la FASE (Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle), à la HETS (Haute école de travail social), aux UAC (Unités d’action communautaire), au Point, dans la Police municipale, ou encore dans le Travail social hors murs. Sans oublier plusieurs personnes ayant des responsabilités au sein du Département de la Cohésion sociale et de la solidarité de la Ville de Genève, et des habitants intéressés par les questions abordées ce soir-là.

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 Objectifs

- Mesurer les forces et les limites des modèles possibles
- Évaluer les différents types de participation mis en place
- Identifier les évolutions en cours dans le champ de l’animation socio-culturelle
- Cerner les enjeux en termes de cohésion sociale et de citoyenneté
- Débattre des rôles respectifs des différents acteurs (politiques, associatifs, professionnels)
- Imaginer des pistes pour renouveler les modèles existants ou en inventer d’autres

 Résumé de la soirée

(Pour un aperçu plus complet, voir en pièce jointe le procès-verbal de l’atelier)

L’exposé de la situation du quartier Ouches-Concorde, et la présentation, par la Maison de quartier de Saint-Jean, le 99-Espace de quartier et l’association Pré en bulle, de leurs structures, de leur expérience et de leurs interrogations, ont mis en évidence un certain nombre de questions.

Alors que la population résidente a beaucoup augmenté dans un certain nombre de quartiers, et que des associations d’habitants demandent à disposer de lieux d’animation, on assiste en Ville de Genève depuis un certain nombre d’années non à la création de nouvelles Maisons de quartier, mais à l’apparition d’Espaces de quartier. Dès lors comment comprendre ce changement ? Est-ce le signe d’une défiance des autorités envers le modèle associatif ? D’une intention de créer des structures moins couteuses ? Ou alors de la volonté de disposer de lieux travaillant de manière différente, susceptibles ainsi de toucher d’autres catégories de la population que les structures classiques ? Les avis sont divergents. Certains ont ainsi souligné la complémentarité bienvenue entre les Maisons et les Espaces de quartier, ces derniers offrant des lieux à des habitants et des associations centrés sur des centres d’intérêt spécifiques. Mais d’autres émis de vives réserves envers cette nouvelle approche, qui à leurs yeux juxtapose des activités sans lien entre elles, et sans favoriser l’intégration des habitants – avec leurs différences – dans des projets communs.

Esther Alder – conseillère administrative responsable du Département de la cohésion sociale et de la solidarité – n’ayant pas pu venir, c’est son collaborateur personnel, Jean Rossiaud, qui a exposé la démarche politique de la magistrate sur ces questions. Il a tout d’abord réaffirmé clairement l’engagement de la Ville de Genève en faveur de la participation des habitants. Esther Alder, a-t-il assuré, en est convaincue : c’est la participation comme processus qui crée la cohésion sociale. Son but est que le maximum d’habitants puissent être touchés, et cela de la manière la plus équitable et la plus universelle possible, dans tous les quartiers, sans privilégier certains. Il s’agit donc bien de répondre aux besoins des habitants, et de voir quelles sont les structures qui peuvent le faire de la meilleure manière possible.

Mais les habitants sont-ils toujours écoutés ? Selon plusieurs participant-e-s, ça n’est pas toujours le cas. Dans plusieurs endroits, des associations se mobilisent, travaillent à des projets pour leur quartier, réalisent déjà des activités. Mais ne reçoivent pas de réponses à leurs demandes de pouvoir disposer d’un lieu, ou se voient proposer des solutions qui ne correspondent pas à leurs besoins et à leur souhait de maintenir des processus participatifs. Et sur la durée le risque est alors grand que les habitants se découragent, si aucune structure n’assure un relais à leur élan et leur énergie.

En même temps, des participants l’ont rappelé : tout le monde n’a pas la même vision de la vie sociale. Bien des gens ne souhaitent pas prendre part à des processus participatifs ou à la vie de quartier. Et même pour des personnes qui le souhaitent, il peut exister bien des freins et des difficultés à s’y engager.

Le débat a alors porté sur ce qu’est la participation. Après tout, ne peut-on pas considérer que la vie associative avec son immense diversité, par ex. dans les domaines sportifs ou culturels, représente une importante forme de participation ? Ce point de vue a été défendu d’un coté. Mais il a été critiqué par ceux qui considèrent que l’enjeu n’est pas d’offrir des activités, aussi utiles soient-elles, aux uns et aux autres. Mais bien plus fondamentalement de mettre sur pied des projets dont le but est de développer le lien social, le vivre ensemble dans notre société marquée par les différences et menacée par la sectorisation des activités et des intérêts (cf., dans ce sens, l’éditorial de Pierre Varcher dans le journal de la Maison de quartier de Saint-Jean de mai 2012).

Le débat a touché là une question de fond essentielle. Car la participation est aujourd’hui à la mode. Tout le monde est pour. Mais que met-on derrière ce mot ? Comme l’a relevé Jean-Marc Denervaud, chargé d’ouvrir des pistes à la fin de la soirée, il existe plusieurs manières de comprendre ce principe. On ne peut donc faire l’économie des questions de sens et de finalité (à quoi on sert ? que veut-on ?), pas plus que de celles de la portée concrète des actions mises en œuvre (à qui on sert ? dans quel cadre ? et avec quelle cohérence ?) Ce qui a été confirmé les très nombreux participants déclarant combien le débat de cette soirée leur semblait important… et à poursuivre.

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Documents joints