Origines du nom des rues et histoire du quartier

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  • par Nicolas

Cette présentation de l’origine du nom des rues et cet historique du quartier ont été rédigés par Pierre Varcher, coprésident de la Maison de quartier de Saint­-Jean.

 VI. SAINT-JEAN – CHARMILLES : UN TERRITOIRE, CINQ PÉRIODES

Il est toujours arbitraire de définir des limites pour un quartier. Si nous avons pris pour démarcation la rue des Délices, la rue de Lyon et une ligne rejoignant le bord du Rhône en englobant l’Europe, c’est davantage pour des raisons de commodité liées au secteur couvert par ce mémento que pour des raisons géographiques ou historiques.

Sur ce territoire ainsi défini et qui réunit Charmilles et Saint-Jean, les mutations ont été nombreuses et nous permettent de retracer son histoire en distinguant périodes :

 1. Le Moyen Age et jusqu’en 1535 : la période du Prieuré

La tradition raconte que vers 500, deux pèlerins, saint Romain et Palade, firent étape près de Genève. Cherchant un lieu pour passer la nuit, ils quittèrent la route de Lyon et descendirent un petit chemin qui menait au bord du Rhône. Là (au bas du sentier Sous-Terre actuel), dans des grottes qui s’ouvraient dans la falaise, ils rencontrèrent deux lépreux obligés de vivre hors de la ville. Saint Romain salua les lépreux en les serrant dans ses bras et en les embrassant. Le lendemain, une fois les deux religieux partis, les deux lépreux s’aperçurent qu’ils étaient libérés des stig­mates de la lèpre ! Un miracle !

Sépultures trouvées dans l’église

Désormais, les grottes furent célèbres et une église et un couvent furent bâtis juste à côté. Bien des années plus tard, un croisé revenant de Palestine avec la chaîne de la captivité et un fragment d’os de saint Jean en fit don à l’église qui fut depuis lors dédiée à saint Jean et donna son nom à toute la région.

Prieuré de Saint-Jean, état actuel

Pour des raisons de sécurité, les Genevois rasèrent tous les édifices des faubourgs et on perdit la trace du prieuré de Saint-Jean de 1535 à 1966, date à laquelle un trax chargé d’ouvrir la nouvelle route du pont Sous-Terre arracha une pierre tombale.

 2. La période des grandes propriétés bourgeoises : les Campagnes

Dès le 16e siècle, des familles bour­geoises achètent des terrains et y cons­truisent des maisons de campagne prenant la forme de maisons de maître avec leurs dépendances. Bezançon Hughes, chef du parti des Eidguenots favorable à une alliance avec les cantons suisses, semble s’y être installé le pre­mier. Puis toute la région est divisée en grandes propriétés : les Délices (nom donné à sa « campagne » par Voltaire venu s’y installer en 1755), Saint-Jean la Tour, la campagne Constant, la propriété de Diedey Gerebzow, de Gallatin, de Cayla, la campagne Vieusseux-Masset.

La maison de maître Gallatin/Lalubin, sur l’emplacement actuel de l’école du Devin du Village
Aquarelle de Jean Du Bois, 1882, Musée du Vieux Genève. Extrait de « 75 ans d’école à Saint-­Jean »

Profitant de la vue et de l’exposition en plein sud, ces grandes familles viennent profiter de la campagne, tout en gardant le plus souvent une résidence en ville, même si l’accès à Saint-Jean n’est pas facile : seule la porte de Cornavin permet de franchir les remparts sur la rive droite,la rue de Saint-Jean n’existe pas. Et les portes de la Ville ferment tous les soirs…

Les terrains se couvrent de vergers et de vignes en hutins, les chemins se bordent d’arbres et l’un d’entre eux devient le che­min des Charmilles, donnant son nom à la partie du quartier en retrait des falaises. Actuellement seules trois de ces maisons de maître subsistent : les Délices, Cayla et Vieusseux-Masset.

 3. L’urbanisation de la première moitié du 20e siècle

Les Genevois décidèrent d’implanter la gare du chemin de fer à Cornavin, une option qui contraignit à creuser le plateau de Saint-Jean d’une tranchée pour faire descendre en pente douce la ligne Lyon-Genève. Cette césure va séparer Saint-Jean des Charmilles pendant plus d’un siècle.

L’ouverture de la rue de Saint-Jean favorisa l’urbanisation du quartier

L’arrivée du chemin de fer a coupé cer­taines des grandes propriétés en deux et a fait perdre de leur attrait à d’autres.Certaines des grandes familles se sépa­rèrent de leur bien.

En 1846, les remparts entourant Genève furent démolis. L’accès au centre devint plus facile et la ville commença à déborder librement.

A Saint-Jean et aux Charmilles, par blocs, les grandes propriétés furent vendues afin d’être morcelées et couvertes de hauts immeubles dont la Maison ronde de Maurice Braillard (1930), classée monu­ment historique. De nouvelles rues furent ouvertes.

Maison Ronde, Maurice Braillard
Bibliothèque de Genève

Plus loin, au-delà du rond-point des Char­milles, entre l’avenue d’Aïre et la rue de Lyon (et aussi de l’autre côté de celle-ci), c’est un espace industriel qui s’est déployé. Au début du 20e siècle, Picard-Pictet SA y produisait une voiture : la Pic­ Pic. En1921 y sont fondés les Ateliers des Charmilles qui se spécialisèrent entre autres dans les turbines et les accessoires hydrauliques.

Mentionnons enfin, entre 1934 et 1939, la création d’un zoo à l’avenue d’Aïre sur des terrains loués à la campagne Vieusseux-Masset et ses voisins. Voulant concur­rencer à terme les zoos de Bâle et de Zurich, il ne résista toutefois pas aux diffi­cultés financières et ferma très vite.

 4. L’urbanisation de la seconde moitié du 20e siècle

Dès 1950, on construit intensivement sur les terrains restés libres. Les immeubles des années 50 et 60 remplissent les interstices, qui restaient nombreux. Les grandes propriétés restées quasiment intactes jusqu’alors rétrécissent et sont morcelées : la maison Gerebzow fait place aux immeubles de la rue Miléant, sur une partie de la campagne Cayla, on construit une école primaire et une école secon­daire inférieure pour les jeunes filles,reprise ensuite par le Cycle d’Orientation.

Les pavillons du cycle d’orientation bâtis sur une partie de la campagne Cayla

La campagne Vieusseux-Masset se réduit comme peau de chagrin ce qui devait permettre notamment la construction du siège européen de l’Union Carbide, une opération qui souleva la première vague d’opposition des habitants du quartier.

Certains quartiers de villas sont rempla­cés par des immeubles. Et surtout, toute la zone industrielle des Charmilles dispa­raît. En 1988, l’ultime symbole de ce quartier industriel, la grande cheminée, est dynamitée. La place est libre pour la construction d’un gigantesque ensemble, celui de l’Europe.

Le quartier subit l’évolution générale des grandes villes : rehaussements d’immeu­bles, ventes d’appartements, difficultés de survie pour le petit commerce, ouverture d’un centre commercial à l’Europe. La Poste cherche à liquider son bureau de la rue du Beulet ce qui provoque en 1999 une réaction populaire qui permettra le maintien partiel du bureau postal et contri­buera à faire de Saint-Jean un quartier où la démocratie participative est active.

Manifestation pour le maintien de la poste à Saint-Jean, 1999

 5. Vers la réunification de Saint-Jean et des Charmilles : la couverture des voies

Vers 1943 : La tranchée du train entre Saint-Jean et les Charmilles, vue du Pont de Miléant. Immeuble de l’av. Gallatin

Dès 1981, face à l’augmentation du bruit des trains occasionnée par l’ouverture de la double voie vers l’aéroport, on étudie la possibilité de couvrir la tranchée entre le Pont des Délices et le Pont du chemin des Sports. Finalement, le Conseil Municipal vote en 1988 les crédits pour une couver­ture jusqu’au pont de l’avenue d’Aïre. Les travaux durent de 1990 à 1993. La cou­verture, légèrement surélevée, n’efface pas complètement la coupure entre Saint-Jean et les Charmilles. L’option retenue pour les équipements refuse la création d’une nouvelle centralité de ces deux quartiers. Est privilégiée l’idée de garder la trace de la soudure. Petit à petit, la limite s’estompe, les voies de passage se multiplient. La séparation entre Saint-Jean et les Charmilles est-elle définitivement effacée ? L’histoire à venir en décidera.

1993 : La couverture en construction entre le Pont Miléant et la rue du Beulet

En attendant, la population se modifie peu à peu sous le coup des mises en vente d’appartements et des augmentations de loyers. C’est peut-être dans ces changements-là qu’est en train de se dessiner la 6e période de l’histoire du quartier…


Pour compléter cette présentation, on peut consulter le livre Saint-Jean – Charmilles entre hier et aujourd’hui : passé et présent sous le même angle, plus de 200 photos noir/blanc, une histoire en 60 rubriques.

Publié en 2015 à l’occasion des 30 ans de la Maison de quartier, ce livre hors commerce est toujours en vente à la Maison de quartier de Saint-Jean au prix de 30 francs.


  MEMENTO D’ADRESSES DU QUARTIER

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